Du 2 au 5 février 2026, CGLU a coorganisé et participé à la 5ᵉ Académie et Conférence « Human Rights Go Local: What Works », événement phare du Centre de l’UNESCO pour la promotion des droits humains aux niveaux local et régional et de la Chaire UNESCO en droits humains et sécurité humaine de l’Université de Graz. L’édition 2026, placée sous le thème « Gouvernements locaux et budgétisation fondée sur les droits humains : voies vers la redevabilité », a été organisée en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), ONU-Habitat, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, l’Académie africaine des gouvernements locaux (CGLU-Afrique), Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU), le Ministère fédéral autrichien des Affaires européennes et internationales, la Province de Styrie, la Ville de Graz et l’Université de Graz.
L’Académie a réuni des gouvernements locaux et régionaux, des organisations internationales, des expert·e·s des droits humains et la société civile afin d’examiner comment les budgets peuvent devenir un instrument clé pour traduire les engagements en matière de droits humains en actions concrètes et responsables au niveau local.
Les gouvernements locaux comme acteurs politiques de l’agenda des droits humains
La première journée de l’Académie, consacrée à l’analyse des cadres et instruments existants, a mis en évidence un message commun : les budgets ne sont jamais neutres. En ouverture, Morten Kjaerum, professeur associé et chercheur affilié à l’Institut Raoul Wallenberg (RWI), a souligné que la budgétisation fondée sur les droits humains (BFDH) permet une allocation juste, transparente et efficace des ressources publiques, en reconnectant les budgets à leur finalité première : améliorer la vie des personnes. Il a insisté sur le fait qu’une approche fondée sur les droits humains place la non-discrimination, l’équité, la transparence, la redevabilité et la participation au cœur des finances publiques, en faisant passer la dépense publique d’un fardeau à un investissement social à long terme. Gert Oberleitner, titulaire de la Chaire UNESCO de l’Université de Graz, a renforcé cette analyse en soulignant que, dans un contexte de ressources limitées, la BFDH ne consiste pas à dépenser davantage, mais à prendre de meilleures décisions tout au long du cycle budgétaire, de la mobilisation des recettes à l’allocation et au suivi. Rendre visibles les pratiques existantes fondées sur les droits humains est, selon lui, essentiel pour renforcer le leadership politique et démontrer leur valeur.
Représentant CGLU et la Commission sur l’inclusion sociale, la démocratie participative et les droits humains (CISDPDH), Adria Duarte a souligné que « les droits humains ne sont pas seulement mis en œuvre au niveau local — ils sont façonnés, défendus et renforcés par les villes et les territoires ». Il a rappelé que le budget constitue à la fois un levier technique et politique pour rendre les droits humains opérationnels, mesurables et redevables, et a insisté sur le fait que la budgétisation fondée sur les droits humains permet d’aligner les ressources et les priorités sur les normes internationales des droits humains, en mettant notamment en avant les exemples de la protection des défenseur·e·s des droits humains et des marchés publics.
Dans ce contexte, CGLU a rappelé ses efforts de mobilisation politique mondiale, notamment la campagne « 10, 100, 1000 Villes et Territoires des Droits Humains pour 2030 » et la Nouvelle Charte-Agenda Mondiale pour les droits humains dans la ville, dont l’objectif est de permettre au mouvement municipaliste d’adopter une réponse collective aux défis mondiaux actuels, en réaffirmant les droits humains comme fondement de la gouvernance locale et de l’action collective.
Enseignements de terrain : participation, équité et redevabilité
La deuxième journée de l’Académie a été consacrée aux enseignements tirés de la pratique, en mettant en lumière des expériences concrètes dans lesquelles les budgets agissent comme des outils de redevabilité et soutiennent la réalisation progressive des droits humains, sociaux, culturels et économiques, ainsi que des ODD. Claudia Scheufler a présenté les Fonds gérés par les communautés d’ONU-Habitat, un mécanisme de financement fondé sur les droits humains pour des projets communautaires à petite échelle, notamment dans les contextes de réhabilitation des quartiers informels. Représentant CGLU Afrique, Najat Zarrounk a souligné l’importance de la décentralisation et du renforcement des capacités, en particulier dans le contexte africain.
Le coordinateur de la CISDPDH, Adria Duarte, a coanimé un atelier consacré aux bonnes pratiques et aux défis de la BFDH. Dans le secteur du soin, Gyonggu Shin (Gwangju) a souligné que les budgets fondés sur l’équité permettent d’ancrer les décisions dans les besoins réels, mais doivent prendre en compte l’ensemble des coûts humains, y compris la charge émotionnelle assumée par les aidant·e·s. Les participant·e·s ont également soulevé plusieurs défis, notamment l’inclusion significative des jeunes et des communautés vulnérables, l’adaptation des politiques au vieillissement des sociétés, l’équilibre entre efficacité et dignité, et les contraintes auxquelles font face les gouvernements locaux dans des systèmes fortement centralisés.

La troisième journée a porté sur les moyens dont disposent les autorités locales pour renforcer la redevabilité, en réaffirmant que la budgétisation fondée sur les droits humains constitue un outil puissant pour passer des engagements à la mise en pratique. Pradeep Wagle, Chef de la section des droits économiques, sociaux et culturels au HCDH, a souligné que, si les gouvernements locaux et régionaux assument une responsabilité croissante dans la fourniture de services essentiels tels que la santé et l’éducation, leurs mandats restent souvent flous ou insuffisamment reconnus, ce qui entraîne des lacunes en matière de conformité et des risques de violations des droits humains. Il a insisté sur la nécessité de considérer les titulaires de droits comme des acteurs à part entière et de recourir à des outils concrets tels que le suivi des dépenses publiques et les audits sociaux. Dans une perspective antiraciste, Linda Tinio-Le Dourain, Cheffe adjointe de la Section Inclusion, droits et dialogue interculturel de l’UNESCO, a souligné que l’action locale est un moteur du changement global et que les gouvernements locaux et régionaux jouent un rôle clé dans l’éradication du racisme, notamment à travers l’éducation aux droits humains, les budgets participatifs et une gouvernance inclusive. Représentant l’OIDP Afrique, Khadim Gueye a mis en avant la budgétisation participative sensible au genre comme un levier puissant pour améliorer la gouvernance et répondre aux besoins concrets des femmes et des filles.
Conférence de clôture : des résultats à l’action
La conférence de clôture, le 5 février, a réuni la Maire de Graz, Elke Kahr, ainsi que des représentant·e·s de haut niveau du monde académique et des organisations internationales, afin de discuter du document final de l’Académie.
Anacláudia Rossbach, Directrice exécutive d’ONU-Habitat, a rappelé que les droits humains prennent racine au niveau local : « Le local et le global sont intrinsèquement liés : en localisant les droits humains, nous localisons nos engagements mondiaux ». La Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme, Nada Al-Nashif, a souligné que les villes sont confrontées à des défis majeurs tels que les quartiers informels et la crise du logement, et que les budgets doivent être alignés sur les droits humains : « Le document final de cette Académie nous fournit des orientations concrètes pour intégrer les droits humains dans les budgets et, surtout, pour en faire la norme plutôt que l’exception ».
La table ronde a mis en évidence le rôle central du leadership local pour traduire les engagements en actions concrètes. La Secrétaire générale de CGLU, Emilia Saiz, a insisté sur le fait que les gouvernements locaux ne sont pas de simples exécutants, mais des acteurs politiques à part entière qui façonnent les agendas mondiaux. Elle a appelé à une reconnaissance accrue de leur rôle en tant que porteurs d’obligations en matière de droits humains, soulignant l’urgence de combler le déficit de financement des gouvernements locaux et de renforcer une dynamique municipaliste forte pour intégrer les droits humains dans la prestation des services publics et les processus budgétaires. Comme elle l’a rappelé, « nous ne demandons pas seulement une augmentation des financements locaux, mais aussi un changement de regard sur la manière dont les ressources sont allouées ». À l’approche du prochain Congrès de CGLU, elle a souligné la nécessité d’une stratégie collective renouvelée pour placer les droits humains au cœur de l’agenda municipal et guider une nouvelle génération de services publics fondés sur les droits.
L’Académie s’est conclue sur un message clair : les budgets reflètent ce que — et qui — nous valorisons. En intégrant les droits humains dans les processus budgétaires, les gouvernements locaux peuvent passer des engagements à l’action, en renforçant la transparence, la redevabilité et la confiance.
CGLU a réaffirmé son engagement en faveur des droits humains à travers sa collaboration avec le HCDH, le déploiement du Cadre d’orientation pour la création d'une Ville des droits humains et le renouvellement de la Charte-Agenda Mondiale pour les droits humains dans la ville. CGLU se tient aux côtés des villes et territoires dans la mise en œuvre de la budgétisation fondée sur les droits humains, dans le cadre d’un mouvement municipaliste plus large en faveur des droits humains, de la confiance renouvelée et d’une gouvernance inclusive.